trois_ans_dans_la_vie_d_une_bouleversante_femme_russe_M18051

Hier avant d'aller au lit, je suis tombée par hasard (en est-ce un?!) sur Arte... J'ai pris en cour de route un reportage très surprenant:  cruauté et courage dans un monde dit civilisé, tendresse, solitude, violence de contexte et de situation,  poignante réalité d'une misère campagnarde dans une Russie profonde abandonnée!
Un très beau documentaire qui prend le temps de suivre sa courageuse héroïne, réalisé par Antoine Cattin et Pavel Kostomarov. Dans un train qui la mène vers une destination inconnue, Liouba, une mère russe, raconte sa vie avec ses neuf enfants. Ayant fui son mari violent, elle travaille dans un kolkhoze avec sa fille aînée et se démène pour élever sa famille. Émue par un jeune garçon délaissé par les siens, elle l'accueille pour un temps. Malgré son dévouement, Liouba constate avec regret que ses fils ne sont guère différents des hommes rustres qu'elle a connus. Alessia, la fille aînée, est à la fois fragile et pleine d'énergie. Sergueï, son amant de passage, se révèle alcoolique et violent. Génia, qu'elle épousera, n'est pas un homme meilleur, d'ailleurs il sera jugé par un tribunal pour l'avoir frappé qui l'enverra certainement en prison, laissant un enfant à sa jeune épouse.
Dans le film, vers la fin, on  la voit devenir grand-mère d'une petite fille, elle est heureuse, quand elle apprend le sexe du bébé, mais elle ne peut pas rentrer dans l'hôpital, elle guette dans la neige une fenêtre où sa fille apparaîtra à l'un des 6 ou 7 étages du bâtiments, avant d'accoucher, elle pleure avec elle quand Allessia pleure seule à la fenêtre avec ses contractions, Liouba lui dit à 50 mètres "...ne pleure pas, tu as mal..., j'aimerai accoucher à ta place!..." puis on aperçoit Allessia et son bébé à la fenêtre toujours" Là-bas on accouche comme on travaille à l'usine, tout n'est que froideur...
Ses mots résonnent encore en moi: "Ma mère ne m'aimait pas, j'ai vécu 8 ans avec elle, elle rentrait avec sa meute d'hommes ivre à la maison, quand j'ai grandi, je me cachais dans l'étable ou chez les voisins qui me donnait un peu de nourriture et j'allais traire les vaches pour boire du lait, ma mère alcoolique il n'y avait rien à manger à la maison, puis elle m'a donné en mariage contre une bouteille de Vodka à un homme, j'avais 13 ans..."

Et bien vous savez quoi, en regardant cette belle femme de 50 ans à peine certainement, même s'il  lui manque des dents devant faute de soins, mes larmes ont coulées... c'est absolument dingue de pouvoir regarder un tel reportage à la TV en 2009 et sans réaction, et je pense au contraste de sa vie par rapport à la mienne, c'est hallucinant... Lubia c'est une femme "en suspens, en perpétuelle demande d'amour, éperdue d'espérance." J'aurais aimé juste la prendre dans mes bras comme une amie, pour la rassurer, l'aider... et pendant le film, elle disait: "j'aimerai pouvoir faire plus, j'ai pitié de cet enfant..." au sujet d'un petit garçon de 3/4 ans dont la mère qui travaille aussi dans le kolkhose dit qu'il lui rapporte 1100 roubles par mois et qui s'en occupe très mal, le faisant même fumer ..."mais on ne peut pas aider tout le monde!"
                                    -->Un autre article ici, Revue Regard Sur l'Est (RSE)

D'ailleurs, les auteurs du film disent sur RSE: ..."Nous ne souhaitons pas verser dans le catastrophisme social, même si nous avons clairement une fibre plutôt sociale, tout comme nous ne cherchons pas à faire des actions politiques. Nous avons rencontré des personnes et des situations par hasard. Nous n’avons pas «reçu mission» de dénoncer; en revanche, nous avons la curiosité, la soif de voir ce qui se passe autour de nous et de le transmettre. D’ailleurs, après les projections à Anapa et Ekaterinbourg, ma conclusion est que les Russes ont perçu La Mère comme un film très positif..." Et je m'étonne encore que des reportages tels que celui-là passent après minuit: il ne fait pas assez rêver les gens, n'est pas assez commercial peut-être, taire les choses et faire des hommes des moutons pour mieux les diriger...

Et je me souviens de ce que mon zhom m'avait raconté un jour vers 2000... Les beaux-parents Polonais (ou venant de l'est) d'un collaborateurs à Paris étaient venus en France, et savez-vous où ils passaient leurs journées? Pas dans des musées, des parcs, des monuments célèbres... NON, NON, ... dans les super ou hypermarchés, et ils pleuraient de joie et de tristesse mêlées devant tous les rayons remplis à la toque de vivres dans les grandes surfaces!